Le spleen du vélo absent

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Cet article est écrit par notre ami Rémi qui, après une maîtrise obtenue en 2010 à Montréal et un an de voyage, s'est retrouvé pour le travail à Matane, la plus gaspésienne des villes du Bas-Saint-Laurent, pour les prochaines années. Il nous relate donc à l'occasion ses histoires avec ses fidèles compagnons sur deux roues, en particulier Georges, un Dahon Mu Uno.
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Le spleen du vélo absent
Cela semble périodique. L'année dernière à cette période, c'était la même chose.
Il y a un an, la situation était bien plus grave. Le 9 Février, j'avais cassé mon vélo. Après plus de 15000 kilomètres à travers l'Est canadien et l'Europe, un quart de seconde d'inattention, et hop, un bête accident avait raison de mon fidèle Trek 520. J'ai rarement eu autant de peine, franchement. C'est fou, comme on peut s'attacher à une machine. Mais c'est aussi normal, parce que ce n'est pas une bête machine, mais une noble machine, la plus efficace qui soit, avec qui on vient de passer des mois. Oui, ce 9 Février, mon monde s'écroulait. J'en ai encore les larmes aux yeux, en y repensant. C'était la fin du voyage, une fin brutale qui reléguait un beau cadre en acier au rang de décoration murale, et me laissait seul avec mes pieds, en manque désespéré de route et de nouveaux horizons.
trek 520
(photo: "Un Trek 520 raccourci")
La fin d'un tel voyage cyclotouriste est difficile à gérer. Il faut se réhabituer à une vie sédentaire. S'adapter à l'immobilité du décor environnant. Se rendre compte doucement que demain, on dormira au même endroit, dans ce lit si douillet, mais si inconfortable à la fois. On n'y entend ni moustiques, ni oiseaux. La lumière du jour ne vient pas nous y caresser les yeux le matin, et les giboulées y sont muettes. La "vie normale", qui reprend, sa routine, ses attaches, ses ennuis. Bien sûr, elles a ses joies aussi, comme par exemple lire de beaux articles sur le site de Dumoulin Bicyclettes!
Cette année, heureusement, je n'ai pas cassé de vélo. Simplement, j'ai temporairement troqué ma vie de vagabond cyclotouriste contre celle d'ingénieur-voyageur, qui a besoin d'un tas d'équipement lourd et encombrant pour son travail. C'est triste, mais malgré la petitesse de mon vélo pliant, je n'ai pu l'embarquer avec moi dans ce long déplacement qui m'a conduit en Europe, entre autres. Deux mois que je suis parti de chez moi. Deux mois que mes chères montures, de mon fixe d'hiver à ma brave randonneuse, m'attendent patiemment à Matane.
Évidemment, j'ai roulé tant que je pouvais, sur un vélo resté chez mes parents en France, sur un vélo loué en Allemagne, ou en Bixi en passant à Montréal. (Camilien-Houde en Bixi, c'est bon pour le moral!). D'ailleurs, l'Allemagne à vélo, c'est assez joli!
spleen du vélo absent
De retour au Québec, chantiers de construction obligent, j'utilise une auto pour le travail. L'oligarchie m'a eu, professionnellement, en tous cas. Oui, j'ai pleuré en démarrant pour la première fois le gros pick-up de location, par la suite troqué pour un autre tas de ferraille, un peu plus léger. Ça fait mal à la conscience, ça fait mal aux jambes. Mais la bedaine, elle, est contente!
En bref, sans roues, le temps est long. Comme s'il lui manquait son vélo, à lui aussi.
Allez, mon prochain article sera moins déprimant, rassurez-vous. En attendant, roulez pour moi, roulez pour nous...au plaisir de vous écrire!
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