Chronique de Pierre-Marie, co-propriétaire de Dumoulin Bicyclettes
J’habite au-dessus d’une piste cyclable. Lorsque j’ai emménagé, j’étais loin de m’imaginer à quel point ce serait inspirant et comment cela me renseignerait sur nos comportements de cyclistes. Histoires, déambulations et observations.
Ce dimanche, je me suis fait un cadeau de fête : une traversée de forêts sur quelques routes «libres» des Laurentides ! Cela faisait longtemps que cela me démangeait : une «aventure» sur route, hors piste… On en parle de plus en plus, le «gravel bike» est à la mode. Et pour cause : le programme est alléchant : l’ouverture du territoire «roulable».
Vous avez sûrement déjà roulé sur une belle route asphaltée, en regardant avec envie et gourmandise l’horizon montagneux. La pensée du moment était : «Et si j’allais me perdre là-dedans ?». Vous avez déjà roulé sur une belle route d’asphalte qui se transforme sans crier gare en chemin de roches, et vous avez «serré les fesses» de peur de glisser ou de crever. Vous êtes déjà passé devant ce rang, rocailleux, sablonneux, sillonnant vers de superbes lacs cachés, des pépites de bonheur à récolter. Et pourtant, vous n’avez pas osé. Parce que vous ne vous sentiez pas en confiance, parce que votre vélo de route ne vous semblait pas assez équipé pour ça.
Le vélo de gravel intervient ici.
Aujourd’hui, les vélos de routes se montent avec des pneus plus larges. Les freins à disques donnent une confiance tirée du vélo de montagne. Les géométries se sont allongées pour offrir des vélos plus stables, plus confortables tout en gardant une bonne vélocité. Avec ou sans bagages, nous voici désormais parés pour des aventures aux confins des territoires, à la découverte de routes exigeantes mais extraordinaires.
L’itinéraire : vers les sommets et «l’eau-de-là»
Du côté de Labelle, à l’ouest du Mont Tremblant, il m’est parfois donné de rouler quelques belles randonnées. La Macaza, le P’tit train du nord, la Conception, La Minerve, etc… des noms qui résonnent comme autant de lieux à découvrir en deux roues… Je troque mon Yuba Boda Boda pour une monture plus légère et laisse la famille quelques heures pour m’évader. Nous marchons très régulièrement vers la Montagne Verte. Pour ce faire, nous empruntons une route de gravier que je me suis toujours juré d’explorer en vélo. Je connais désormais cette route et peut en parler avec à-propos à Mononc’ Sylvain et au beau-papa !
Poussière de roche, sable, rocaille et petites pierres parsèment ce terrain. C’est une route qui mène à des chalets, des «baraques» isolées. C’est une route qui mène à «L’eau-de-là», une jolie cabane au-dessus du lac Gervais. Je grimpe, dégringole, dévale, ahane sur des à-pics éreintants. Le sourire est là. Le souffle est court lorsqu’au sommet d’une butte aux pourcentages déments, je me trouve devant un cul-de-sac ! Pourtant sur mon gps, le chemin continue… Après quelques errances, je me retrouve de nouveau devant cette «barrière naturelle». Je décide de la gravir à pieds. Hourra ! Me voilà de l’autre côté. J’apprendrai plus tard que cette butte est là pour «protéger la tranquillité» du chemin. Trop de voitures passaient par là. Songez à ça… «Tiens, je trouve qu’il y a trop de voitures qui passent dans ma rue. Monsieur le maire Croteau, pourriez-vous faire quelque chose svp ? Ah bah oui, bien sûr, on va faire une butte pour empêcher les voitures de passer». Dialogue irréel, mesures incroyables ! Quel maire peut se targuer d’entraver la circulation sur le territoire de la sorte ?
Qu’importe, je passe sans problème. Et repasserai par là ! Il y a tout ce que la mythologie du gravel peut vous offrir : des cailloux, du sable, des lacs, des animaux, des arbres et même… des «cous-rouges» qui tirent du fusil !
Je suis en pleine forêt, les lacs se succèdent de part et d’autre de la route. Lac Baptiste, Lac Gervais, Lac Joly, Lac Blanc… Je redescends vers Labelle. D’habitude, me rendre à Labelle depuis mon camp de base me prend une petite vingtaine de minutes. Là, je viens de faire 19,5 km en une heure et quart !
Je décide de changer un peu mon itinéraire prévu pour faire du «kilomètre facile». Le P’tit train du nord vers La Macaza et Rivière-Rouge me semble parfait. Puis je bifurque pour revenir sur mes traces. Je décide de reprendre à travers la forêt : 7e rang puis Chemin du Lac Caché. De nouveau, des paysages laurentiens formidables, de nouveau des montées et descentes, des lacs, de la poussière et un sourire jusqu’aux oreilles ! C’est ma fête après tout !
Digressions sur les pneumatiques et la faune rencontrée
Pour rentrer en pleine confiance dans ces rangs rocailleux, il faut une bonne paire de pneus. Plus larges de préférence, afin de conserver une bonne adhérence sur les cailloux, assez roulants pour ne pas tout sacrifier lors des portions asphaltées, et nécessairement résistants aux crevaisons. J’ai roulé ce dimanche sur les Continental Sport Contact II.
J’ai trouvé dans cette paire de pneus tout ce qu’il faut pour ce genre d’aventures. En 700×32, je ne me suis jamais inquiété de glisser et j’ai quand même pu aller à un bon rythme sur la portion asphaltée du Ptit Train du Nord.
J’ai déjà eu l’occasion de rouler avec les Continental Gatorskin dans des conditions similaires et ce pneu était aussi excellent, avec une prime au confort non négligeable sur les portions asphaltées.
Mes pneus m’ont été très utiles… pour freiner en urgence en traversant le petit village de La Macaza… Une marmotte a piqué un sprint pour traverser depuis le magasin général et trouver refuge sur le terrain de l’église. Avait-elle volé ? Se trouvait-elle menacée et réclamait-elle le droit d’asile ? La question restera en suspens. J’ai été quand même très très surpris de cette cavalcade !
Plus tôt, j’avais aussi eu droit à une course assez drôle : un dindon ou une dinde sauvage s’enfuyant devant moi. J’ai vu un jour un reportage qui disait que les oiseaux étaient les descendants directs des dinosaures. En voyant ce beau spécimen galoper devant moi, j’ai acquis la conviction que cette théorie était vraie : j’avais l’impression de me trouver dans Jurassic Park, face à des vélociraptors !
Oiseaux par dizaines, libellules par milliers, écureuils et deux chevreuils… La nature au Québec est toujours généreuse et surprenamment visible. C’est toujours avec ravissement que je constate que «l’appel de la forêt» se vit intensément ici !
J’en redemande !

